Vue de l'exposition Rendez-Vous Biennale internationale de Lyon 2017, Institut d'art contemporain, Villeurbanne, 2017, © Photo: Blaise Adilon

 

 

"J’ai découvert les peintures de Laure Mary-Couégnias à l’école des beaux-arts de Lyon.

Étudiante de cinquième année elle préparait le diplôme supérieur d’expression plastique qu’elle a ensuite passé avec succès, distinguée par les félicitations du jury.

J’ai tout de suite apprécié la qualité de son travail et en discutant avec elle sa détermination à faire œuvre.

Ses tableaux m’ont paru remarquables par leur aspect de rigoureuse tension, cette tension étant produite par l’esprit de détail et de synthèse avec lesquels ils sont construits.

Leurs motifs monumentaux, qu’ils soient de grand ou petit format, s’imposent au spectateur. Le précisionnisme pictural qui les caractérise se conjugue avec l’ampleur des figures fixées sur la toile, figures qui rappellent ces papillons aux ailes multicolores épinglées dans la vitrine d’un entomologiste.

Il y a à la fois quelque chose de monstrueux et de familier dans ces tableaux.

Cette monstruosité peut être celle d’un insecte à tête de poisson composant une chimère issue d’expériences surréalistes, un surréalisme qui aurait percuté les aplats du minimalisme sur la table de Séraphine de Senlis.

La familiarité amicale peut être celle d’un chat aux yeux de verre.

Les motifs sont multiples même si souvent animaliers.

Récemment la figure humaine est apparue par le biais de bouches aux lèvres écarlates.

Laure Mary-Couégnias est une grande travailleuse, ses tableaux connaissent une constante évolution."

 

 

Marc Desgrandchamps

 

 


Visite de l'exposition "Love Is a Beach", Centre d'Art Contemporain le Vog, Fontaine, 2017, © Photo: Philippe Tripier

 

 

C'est acquis, avec Laure Mary-Couégnias nul besoin de mourir pour être recouvert de fleurs.

 

L'artiste – qui s'émancipe volontiers du châssis – peint ses inflorescences warholiennes directement sur les murs ou des

caissons architecturaux, voire en ripoline les motifs sur des lés appliqués directement mur/sol, tel un support de décoration en

démonstration. Des tableaux d'apparence joviaux, peints à l'acrylique, prennent encore pour sujet d'agrément agrumes et légumes : immenses abricots (orange pop), cornichons stylisés (verts sur fond mauve), poireaux dressés. Et sous un soleil difficile à imaginer absent et qui pourtant parfois l'est, d'autres toiles au cadrage tronqué surprennent entre enchantement et étrangeté : oiseau et poule exotiques, animaux-valises mi-autruche mi-girafe, papillon bariolé, feuillage et insecte arachnéen (rouge vif), serpent coloré, chimère d'insecte fossilisé, queue de sirène. Pour Aragon, Matisse avec ses sujets Lux, Calme et volupté, représentait Le peintre du perpétuel espoir. Ici, une artiste s'exprime sur une seconde lecture plus âpre, usant à l'occasion d'une naïveté perverse, motifs de fourmis grouillantes, clin d'œil peut-être à Un Chien andalou de Luis Buñuel. Car l'œuvre en question brouille autant nos catégories esthétiques qu'elle perturbe le bon goût, réveillant s'il en faut des notions – déjà caduques – de dégoût. 

L'artiste explore nos connaissances horizontales, délivre autant nos mémoires proustiennes qu'elle n'éveille nos hantises reptiliennes. Ainsi en est-il d'une culture populaire collective déconsidérée, typique à tous les continents, et qui véhicule légendes, contes et traditions orales. L'avant-garde russe du début du XXe siècle ne s'y prenait pas autrement, ballets et peinture en ont fait une épopée, de même ici non sans un certain enchantement : l'Oiseau de feu, l'œuf de Pâques, la

poupée gigogne matryoshka, le style peinture de Khokhlona, et toutes les couleurs folkloriques et symboliques qui chantent avec.

 

Texte Frédéric Bouglé, Directeur du Centre d'Art Contemporain le Creux de l'Enfer