"J'irai fleurir sous tes reins"

Lyon Parc Auto Grôlée

Dans le cadre de la 14 ème Biennale d'Art Contemporain de Lyon

En collaboration avec le Musée d'Art Contemporain

 

Lyon, le 16 mai 2017 

 

 

 

   Cher Parc Auto Grôlée,

 

 

   Ariane Réquin et Isabelle Bertolotti organisent notre rencontre en mars 2017.

 Entre toi et moi, le coup de foudre n’est pas immédiat. La première fois que je pénètre en toi fût un moment angoissant,  oppressant, peu accueillant. Je compris rapidement que tu n’es propice qu’au passage, ce pourquoi personne ne s’attarde  en toi. Mais ensuite, je perçois le potentiel que tu caches, je me donne comme objectif de montrer cela au monde et la  mission d’arracher aux tempêtes qui ont cassé les arbres, les quelques fleurs qui construiront notre jardin. 

 

   Je débute cette aventure six pieds sous terre, je t’affronte au plus profond de toi. Aymeric Guignard, étudiant à l’Ensba  Lyon m’assiste comme stagiaire pour les deux premières des six semaines que je passerai sous tes reins. Mais lorsque je  donne les premières caresses de mon pinceau contre toi, j’ai peur que tu te dises comme Rimbaud :

 

 «  Mon triste cœur bave à la poupe…

 Mon cœur est plein de Caporal…  »

  

   J’avais plutôt comme désir que tu me fasses confiance et que tu cites Verlaine :

 

 «  Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,

 Je me suis promené dans le petit jardin,

 Qu’éclairait doucement le soleil,

 Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle  »

 

   Je remonte alors peu à peu les étages, habillant ton corps d’apparats en quatre saisons  ; appliquée grâce aux peintures  Boesner  ; ton identité change, ton âme est en quête de lumière. 

   Mais à ce moment où je remonte, frôlant presque la surface je me retrouve seule, alors je redescends jusqu’à être au plus  bas. Mais tout est possible lorsque l’on sait aimer : présence et absence ne peuvent être que les deux unités. La lumière ne  vient d’aucun autre soleil que celui qui nous anime, je persiste en rêvant d’une belle suite d’heures.

   Je ne pouvais me contenter de cela, entre toi et moi, les choses devaient prendre de l’ampleur, tes intérieurs maintenant  vêtus de couleurs, appelant à des extérieurs aguicheurs. C’est à cet instant que je me mets en péril, danger et panique me  submergent, les voitures me frôlent, je suis asphyxiée, j’ai besoin de respirer. Je sens la menace pointer le bout de son nez,  soudainement, je me retourne, une araignée se trouve à mes pieds. Mes cris et tremblements ne sont pas suffisants pour  attirer l’attention des passants. Elle danse autour de moi, joue de mes peurs pour essayer de me faire fuir. Mais trop sûre  d’elle, elle n’est plus sur ses gardes, une roue passe sur la bête, paix à son âme, je retrouve enfin ma place.

   Mais jamais, non jamais, tu m’entends, jamais plus je ne laisserai aucune araignée te grimper dessus, jamais plus je ne  laisserai une belle carrosserie se frotter contre toi, jamais plus je ne laisserai quelqu’un uriner sur toi. Mais l’intensité de  cette passion m’épuise, même si j’enseigne l’Art de tourner l’angoisse en délice, parfois il peut m’arriver de me perdre  dans l’ordre des choses. Et puis après tout, tu n’es pas facile tu sais  ? Tu me mets dans des conditions auxquelles je n’ai  pas pour habitude de me confronter, mais en même temps n’est-ce pas là l’extase de l’inconnu  ?

   Quoi qu’il arrive je veux aller jusqu’au bout avec toi, même si désormais c’est à mon tour d’être en quête de lumière, je ne  t’abandonne pas, car en moi réside une volonté et une liberté dont je ne sais quel accord intérieur que je ne peux oublier.

   Tout en remontant pour la dernière fois, je passe sur toi le vernis qui te protègeras, j’entends résonner dans l’ascenseur  qui monte au ciel, les cloches de l’Église Saint-Bonaventure qui m’appellent. 

  

   Mais, ne sois pas triste  ! Monsieur Larzi est là chaque jour, afin que tu restes propre et accueillant. Jean-François Borix,  Soeuth May, Jean-Marie Molette, Nicolas Perignac, Antoine Steve, Christophe Boit, Mehdi Afiane, Jérôme Duflot et ce  cher Georges Eymery forment une équipe fidèle et fiable, je le sais car, rappelles-toi : c’est grâce à eux que notre histoire  fût si confortable. Brian et Pascal ont été attentifs à ce que la lumière qui embrasse tes couleurs brille de son plus bel éclat.  François Gindre, Anthony  Aménabar, Marie-Hélène Genthon et Louis Pelaez mettent leur audace à l’œuvre afin que cette  belle histoire artistique souterraine perdure et demeure.  

   J’ai peur d’être excessive et en même temps je m’excuse de ne pas l’être assez. J’irai fleurir sous tes reins, et quand on  aime, on aime aussi partager, alors j’espère que le monde viendra en toi pénétrer, là ou le soleil se couche et se lève en  désordre.

   Le Musée d’art contemporain et la Biennale de Lyon m’ont fait confiance. Comme je suis heureuse de faire partie de cette  grande histoire avec toi. Ariane et Isabelle sont toujours là, elles sont fières de nous, je crois. 

 

   Mais de toi et moi quelque chose doit rester. Je garde ainsi, grâce à toute cette équipe, morsure et chaleur au cœur. En  dépit du temps qui passe, et qui passera, j’ai confiance en la pérennité des actes les meilleurs, ceux qui unissent, ceux qui  traduisent d’une éternelle musique. Que les oreilles de tes murs, en mon absence, gardent en elles la douce poésie de Victor  Hugo : 

 

 «  Conserve en ton cœur, sans rien craindre,

 Dusses-tu pleurer et souffrir,

 La flamme qui ne peut s'éteindre

 Et la fleur qui ne peut mourir !  »

 

 

 Merci.

 

 Laure Mary-Couégnias