Laure Mary-Couégnias

 

Mon travail entend établir toutes sortes de dialogues, créant des ponts entre l’Art Naïf, le Pop Art et le Surréalisme. 

Huile, acrylique, aquarelle et céramique créent des mondes étranges et évoluent dans un univers où s’entremêlent visions tendres, naïves, violentes, parfois érotiques, d’une poésie inquiétante. Les représentations bestiaires et florales laissent deviner des échos, des références contemporaines, des clins d’oeil à l’histoire de l’Art, sans jamais se laisser complètement cerner.

 L’animal, saisi dans sa réalité paradoxale reconstitué en rêve, figé dans les poses d’éternité de la taxidermie, le plus souvent dans un univers qui n’est pas le sien, est sans cesse le prétexte de récits, amorce de scènes et de fables, un signe dont le sens s’épuise, un portrait dont le reflet de l’homme lui échappe, parabole sociale, fidèle compagnon de fictions, secret de questions sans réponse, bête artefact qui finit par dévorer celui qui lui vole son image. 

La représentation animale est importante puisqu’elle engendre par filiation directe la plupart des images auxquelles notre quotidien est en proie. Les animaux sont figés, inertes et reconstitués dans leur posture « vivante » depuis le silence de la mort.

Domestiqué, élevé, consommé, étudié, chassé, protégé… Sa présence élargit les possibilités d’expressions à travers des approches variées, un inventaire réel ou imaginaire de sujets mis en scène ou « capturés », qui tente de dévoiler ce que nous sommes. Et si c’était la principale leçon à retenir de la vie ? - On les regarde, ils nous regardent. Dans cette indifférence se tient un secret, un mystère irrésolu, mais aussi une façon cinglante de nous renvoyer à notre propre voyeurisme, à l’hystérie du regard, à cette société de l’omni-vision permanente. Mon travail remet en question notre vision anthropocentrée qui définit l’animal par ce qui lui manque pour être humain, la recherche d’une représentation de ce qui en lui dépasse l’humanité et nous réduit à un état de non-présence. 

L’absence d’inhibition, de peur et de préjugés demande à ceux qui regardent le même abandon. Le danger nous fait découvrir quelque chose d’inconnu, inconfortable et attirant à la fois. Mes obsessions ne cessent de faire évoluer associations et déclinaisons de motifs par une succession de mutations, une dualité entre une représentation surabondante et un dispositif scénique qui appartient au vide. Je mobilise une minutie excessive et une rigueur d’exécution afin de rivaliser avec la perfection que pourrait produire une machine. 

 La nature est une surface opaque de projection, un fantasme sourd qui pose à l’homme contemporain de nombreuses questions, tout en faisant défi à notre entendement pour la comprendre. L’étrangeté de l’étranger reste ce qu’il y a de plus éloigné, et nous semble pourtant si proche. J’interroge la place de l’homme dans la nature ou dans la société. Captiver, détourner ou contourner une faune idéale, monstrueuse, support de récits fragmentés de l’existence.

Outre les préoccupations actuelles liées aux mouvements de défense de l’environnement, la nature devient le discours critique et esthétique à l’oeuvre, fiction où l’écriture zoomorphe dissèque le décor qui orne le monde. 

L’absence de perception de temps et d’espace suggère une mémoire dont la réalité est déformée, réduite ou amplifiée, les souvenirs sont déjà oubliés et mettent à distance le réel. Comme dans un théâtre dans lequel les acteurs ne savent pas qu’ils jouent, le sujet est figé et devient prisonnier volontaire d’un cauchemar paisible. 

 

Laure Mary-Couégnias 

 


 

My work is intended to trigger all kinds of dialogues, build bridges between Naïve Art, Pop Art and Surrealism.

Oil, acrylic, water color and ceramic create strange worlds and evolve in a universe where tender, naïve, violent, sometimes erotic visions are mixed with unsettling poetry. Floral and bestiary representations echo contemporary references, allusions to Art History without any clear definitions.

The animal is captured in an illogical reality in a dreamlike reconstitution, frozen in an eternal stance as if it’s stuffed, often found in an alien world, it’s the prelude to tales, scenes and fables, a sign gone senseless, an unrecognizable portrait, social parable, faithful companion of fictions, riddles without answers, an artefact creature that finally devours the one who stole its image.

Animal representation is important because it creates directly most of the images that we are fed daily. The animals are frozen, lifeless and reconstructed in a “lifelike” posture from the silence of death. Domesticated, raised, consumed, studied, hunted, protected … Its presence widens expression possibilities via various ways, an imaginary or real inventory of subjects staged or “captured”, that attempts to reveal who we are. What if it was the main lesson to draw from life? – You look at them, they look at you. In this indifference there’s a secret, an unsolved mystery, but also a biting way to remind us of our own voyeurism, a hysteric view, a society plagued with permanent omnivision. My work challenges our self-centred vision that defines animals by what they are missing to become human, the quest of a representation that encompasses humanity and reduces us to a non-presence state.

The absence of inhibition, fear and preconceptions demand from the spectator the same abandonment. Danger helps us discover the unknown, uncomfortable and yet attractive. My obsessions relentlessly inspire associations and adaptations of motifs through successive mutations, a duality between a superabundant representation and a stage set up on vacuum. I focus on excessive minutiae and precision of execution in order to compete with the perfection produced by a machine.

Nature is an opaque surface of projection, a deaf fantasy that asks multiple questions to contemporary mankind while challenging us to understand it. The strangeness in the strange remains far away and yet it seems to be so close. To captivate, to deviate or to bypass an ideal fauna, monstrous, props drawn from fragmented tales of existence.

Besides actual concerns linked to the movements for the defence of the environment, nature becomes the critical keynote to works of art, a fiction in which zoomorphic writing dissects the décor adorning the world.

 The absence of time and space perception suggest a memory from which reality is distorted, reduced or amplified, memories are already forgotten and remote from reality. Just like in a play where actors don’t know the part they play, the subject is frozen and becomes the willing prisoner of a peaceful nightmare.

 

Laure Mary-Couégnias 

Love songs must continue #1, 2019, Acrylic on canvas, 130 x 97 cm ©Photo Maurine Tric
Love songs must continue #1, 2019, Acrylic on canvas, 130 x 97 cm ©Photo Maurine Tric