Actuellement : 

 

Rendez-vous 2017

Biennale d'Art Contemporain de Lyon

Institut d'Art Contemporain de Villeurbanne 

11 rue du Dr Dolard, 69100

Dans le cadre de la 14ème Biennale de Lyon

Jusqu'au 07/01/2018

 

                              

 

 WALL DRAWINGS 2

avec le Musée d'Art Contemporain de Lyon

"J'irai fleurir sous tes reins"

Lyon Parc Auto Grôlée 

2 Rue Grôlée, 69002

Dans le cadre de la 14ème Biennale de Lyon

Jusqu'au 07/01/2018

 

 


 

 

Laure Mary-Couégnias

 

 

Elle craint que son ironie ne soit pas très perceptible. Laure Mary-Couégnias traite en effet de façon naïve des figures apparemment bénignes : animaux et plantes. On pense aux motifs des tissus africains, à des tapisseries. Sauf que ses animaux sont parfois des Chimères squelettiques, qu’ils ont une curieuse tendance à muter (la tortue burger ou le papillon dézippé) et que ses plantes sont régulièrement des légumes phalliques, telles ces aubergines en série intitulées Couvrez ces aubergines que je ne saurais voir (2015). Mais ces solanacées ne trouvent pas leur modèle dans le potager : elles ont été inspirées à l’artiste par l’emoji aubergine que les instagrammeurs utilisent pour partager des photos de pénis.

Première remarque : contrairement à ce qu’on pourrait croire, son art n’est pas déconnecté de son temps. Au contraire, puisque ses motifs sont souvent pris d’images trouvées sur Internet et que les toiles ont le format d’un écran : elle peint aussi la bordure du cadre, comme s’il s’agissait d’une tablette. Plaisir des épaisseurs et niveaux de lecture.

Deuxième remarque : ce n’est pas seulement pour des raisons de degrés possibles d’interprétation que les toiles de Laure Mary-Couégnias sont faussement naïves, voire perverses (c’est-à- dire, au sens littéral : totalement retournées). Sa technique, qui consiste à vernir certaines parties pour leur donner du relief sur un fond plat, vise à séduire le regardeur. Après la classe de troisième, fatiguée des matières classiques, elle s’est inscrite dans une école de couture, avant d’être costumière de cinéma : d’où son sens de l’assortiment et de l’aura. Dans son atelier à la périphérie de Lyon, les toiles s’accumulent. “Parfois je produis plus vite que je ne pense” s’amuse-t- elle. “Mon travail est une obsession constante quand je peins et quand je ne peins pas, mon obsession est d’aller faire un tableau.” On s’arrête devant un oignon épiphanique, brillant, totalement irréaliste cependant, comme le reste de sa production (le traitement omnidirectionnel de la lumière, en particulier, n’aide pas à rendre ses visions terrestres). Elle dit : “Ah oui, celui-ci, il est fait pour être particulièrement attirant”. L’ironie est aussi une politique, s’exerçant à la fois contre une certaine idée de la peinture “féminine” et contre un “féminisme” en peinture.

Troisième remarque : l’obsession est le moteur de Laure Mary-Couégnias. Le format de ses toiles varie mais dépend du lieu où elle se trouve. Si elle dispose de trois mètres de haut, elle peint sur trois mètres de haut. Ses sujets viennent souvent d’”obsessions” (pour un film, par exemple) dont elle doit se libérer. Dernièrement, elle a commencé à produire des maquettes de chacune de ses expositions, pour que chaque tableau se nourrisse des autres et qu’on puisse comprendre l’ironie à travers l’accrochage. Les œuvres tissent des correspondances entre elles, de forme, de thèmes ou même simplement “de gestes” : de fait, écrit-elle, c’est une “peinture qui souhaite une cohérence avec le monde.”

 

 

 

 

Texte Eric Loret, critique littéraire, cinéma, arts plastiques et musique au quotidien Libération et à France Culture

 

 

 Laure Mary-Couégnias

 

She fears that her irony will not be easily perceptible. Laure Mary-Couégnias in effect treats apparently benign figures: animals and plants, in a naïve fashion. Patterns from African fabrics and tapestries come to mind. Except that these animals are sometimes skeletal Chimera, they have a curious tendency to mutate (the tortoise burger or the unzipped butterfly) and her plants are regularly phallic vegetables, such as the aubergines in series, entitled Couvrez ces aubergines que je ne saurais voir / Cover these aubergines that I cannot look upon (2015). Yet these solanaceae do not find their model in the vegetable patch: the artist was inspired by the aubergine emoji that instagrammers use to share dick pics.

 

A first remark: contrary to what we may believe, her art is not disconnected from its epoch. It is indeed the opposite, as the patterns are often taken from images found on the internet while the canvasses adopt the format of a screen: she also paints the edge of the frame, as if it was a tablet. The pleasure of the multiple layers and levels of reading.

A second remark: it is not only because of the possible degrees of interpretation that the canvasses of Laure Mary-Couégnias are misleadingly naïve, even perverse (that is to say, in a literal sense: totally reversed).

Her technique, that consists of varnishing certain parts to give them relief on a flat background, aims to seduce the watcher. After third grade, tired of classic subjects, she joined a sewing school before becoming a costume maker for cinema: this explains her sense of assortment and aura. In her studio on the outskirts of Lyon, the canvasses build up. “Sometimes I produce work quicker than I think” she says amusedly. “My work is a constant obsession when I am painting, and when I am not painting my obsession is to go and make a painting.” We stop before an epiphanic, brilliant and yet totally far-fetched onion, in a similar vein as the rest of her production (the omnidirectional treatment of light, in particular, does not help render her visions earthly). She says: “Ah yes, this one, it was painted to be particularly attractive”. Irony contributes to a position, acting both against a certain idea of “feminine” painting and against “feminism” in painting.

 

A third remark: obsession is a driving force for Laure Mary-Couégnias. The format of her paintings varies and depends on the place wherein they are. If she has a space three metres in height available to her, she will paint a canvas three metres high. Her subjects often come from “obsessions” (for a film, for example) that she wants to free herself from. More recently, she has begun to make models of each one of her exhibitions, so that each painting can be nourished by the others and so that we can understand the irony in the work through the presentation. The works weave relationships with each other, relationships based on form, on themes or even simply “on gestures”: “in fact”, she writes, it is “a painting that seeks coherency with the world”

 

 

By Éric Loret, literary, cinema, visual arts and music critic for the daily newspaper Libération and France Culture.