Laure Mary-Couégnias


Hi, How Are You?

A worrying strangeness lies in this question, difficult to perceive upon first reading. Laure Mary-Couégnias takes her time in asking this banal question whose substance has lost its favor, atrophied as it is by its daily repetition, the weight of everyday life. Hi, How Are You? is a universally translatable question to which man never really replies and upon which he never quite lingers long enough to listen to an answer.

On the occasion of this exhibition and behind canvases with a deceptively fat perspective, Laure paints a poetic and futuristic story in the still-smoking theatre of a post-human era. From the banal to the kitsch, Laure attracts consumers of bright colors and standardized images to lure the eyes that settle on her works to scratch behind the varnish on the surface.

Laure wishes to make of the exhibition an inverse archaeology, a potential space where time is suspended following the disappearance of the human species. Sensitive to the crises that our society is undergoing, from climate change, to deforestation, to the disappearance of animal species, Laure examines with a tender gaze our gradually withering and deteriorating models and imagines the possible remains of the beautiful things we will be obliged to leave behind us.

Her works would then seem to be the remnants of our existence, leading us to question what might have happened for there to be no human figures left. Through Laure's paintings, it is possible to retrace the path of things to understand the disappearance of men and how nature, here green, was able to regain its rights.

For Laure, her paintings may never be a legacy left for future generations as witnesses of their time. Aware that these generations may not exist, she wants to paint the future so that people tremble in the present. Laure paints what we will not be able to see tomorrow: these bodies and interiors that have served us to live and progress, these sets of beautiful things that, in blinding us, have led to this new era.

Apolitical, the exhibition does not position itself as a criticism of man in his environment, but simply as an enchanting and avant-garde ode to what man could have been, to the beauty of his achievements, like the writing of a posthumous message on his passage through time.

Hi, How Are You?, is also the frst sentence Laure wrote to the people she met in her creative process through dating apps, in this way diverting the hazardous algorithm of these new technologies created by man. Desiring to talk about the world around her, Laure wanted to go out and meet it. All her dates led to the exchange of life stories, snippets of memories or personal perspectives. Laure then extracted from each story objects and symbols, having them foat in her still lifes, symbolizing our decline.

The paintings are compositions conceived as crime scenes containing evidence of the disappearance of our species. The manufactured objects point to the comfort of consumption and the extinguished power of man over nature, while the surrealist landscapes of abundant vegetation, peaceful witnesses of a past nightmare, indicate that nature has once again become master. Time has passed, man is no longer there, and the mountains are green. As for the animals, they present a more disturbing ambivalence. Alienated by the long-lasting presence of man, who transformed their ecosystems, they keep within them indelible traces of this cohabitation. Their attitudes, contaminated by man, lie between the taxidermist's pose and the selfie ready to be posted on Instagram. They belong only to our fantasies, which in these paintings are somewhat satisfied. This worrying strangeness returns, causing us to question the nature of these animals, real species or cyborgs programmed by man and left to their own devices.

The terracotta sculptures of acorns, placed on the ground, evoke the excavation of an archaeological site. Some of them, untouched by time, are made of enamel and have retained their glittering beauty. Through these sculptures, Laure wishes to echo another current event of our time, imagining a terminal phase of the #metoo movement. Acorns (or rather nuts, to retain the irony of the French gland), a fatty fruit fed to luxury pigs to obtain quality ham, predict the cynical decline of a patriarchy that has fallen to the ground. 

Creating her own dreamlike world in comforting poetry, Laure proposes to examine our future and to put aside the vestiges of the past. According to her, man has learned to live, to survive, and must today learn to erase himself while allowing himself to admire his passage on earth. By accepting his own disappearance, Laure wishes for man to perceive the best of his achievements so as to enjoy his last moments.

 

Text by Léa Perier Loko, 2020


Hi, How Are You?

Une inquiétante étrangeté réside dans cette question, difficilement perceptible à la première lecture. Laure Mary-Couégnias prend le temps de poser cette question si banale dont la teneur perd en saveur, atrophiée par sa répétition et le poids du quotidien. Hi, How Are You ? est une question universellement traduisible à laquelle l’homme ne répond jamais réellement, et dont il ne s’attarde jamais tout à fait à écouter la réponse.

A l’occasion de cette exposition et derrière des toiles à la perspective trompeuse, faussement plate, Laure a peint une intrigue poétique et futuriste dans le théâtre encore fumant d’une ère post-humaine. Du banal au kitsch, Laure attire les consommateurs de couleurs vives et d’images standardisées pour emmener les yeux qui se posent sur ses œuvres à gratter derrière le vernis en surface.

Laure souhaite faire de l’exposition une archéologie inverse, un espace potentiel où le temps est suspendu suite à la disparition de l‘espèce humaine. Sensible aux crises que notre société traverse, du changement climatique à la déforestation, aux espèces animales qui disparaissent, Laure examine avec un regard tendre nos modèles qui se fanent et se détruisent progressivement, et imagine les vestiges possibles de belles choses que nous serons amenés à laisser derrière nous.

Ses œuvres seraient alors les restes de notre existence, amenant à interroger ce qu’il a pu advenir pour qu’il ne reste plus aucune figure humaine. A travers les tableaux de Laure, il est possible de retracer le cheminement des choses pour comprendre la disparition des hommes et comment la nature, ici verdoyante, a pu reprendre ses droits.

Pour Laure, ses toiles ne seront peut-être jamais un héritage laissé aux générations futures comme témoins de leur temps. Consciente que ces générations peuvent ne pas exister, elle souhaite peindre l’avenir pour faire tressaillir les hommes du présent. Laure peint ce que nous ne pourrons pas voir demain : ces corps et ces intérieurs qui nous ont servi à vivre et progresser, ces ensembles de belles choses qui, en nous aveuglant, ont conduit à cette nouvelle ère.

Apolitique, l’exposition ne se positionne pas comme une critique de l’homme sur son environnement, mais simplement comme une ode enchanteresse et avant-gardiste de ce qu’a pu être l’homme, à la beauté de ses accomplissements, comme l’écriture d’un message posthume de sa traversée du temps.

Hi, How Are You?, c’est aussi la première phrase écrite à toutes les personnes croisées par Laure dans son processus de création à travers des applications de rencontres, détournant par-là l’algorithme hasardeux de ces nouvelles technologies créées par l’homme. Désireuse de parler du monde qui l’entoure, Laure a souhaité aller à sa rencontre. Tous ses rendez-vous ont conduit à l’échange de récits de vies, de bribes de souvenirs ou de perspectives personnelles. Laure a par la suite extrait de chaque histoire des objets et symboles, fottant dans ses natures mortes et capables de symboliser notre déclin.

Les tableaux sont des compositions pensées comme des scènes de crime comportant les pièces à conviction de la disparition de notre espèce. Les objets manufacturés pointent le confort de la consommation et le pouvoir éteint de l’homme sur la nature, tandis que les paysages surréalistes de végétaux abondants, témoins paisibles d’un cauchemar passé, indiquent que la nature est redevenue maîtresse de ses propriétés. Le temps est passé, l’homme n’est plus là, les montagnes sont verdoyantes. Les animaux quant à eux, présentent une ambivalence plus dérangeante. Aliénés par la longue présence de l’homme qui a transformé leurs écosystèmes, ils gardent en eux des traces indélébiles de cette cohabitation. Leurs attitudes, parasitées par l’homme, sont à cheval entre la pose de taxidermiste et la prise de selfie prêt à être posté sur Instagram. Elles appartiennent uniquement à nos fantasmes qui s’en trouvent dans ces tableaux quelque part assouvis. Cette inquiétante étrangeté revient et nous interroge sur la nature de ces animaux, espèce réelle ou cyborgs programmés par l’homme et livrés à eux-mêmes.

Les sculptures de glands en terre cuite, déposées au sol, évoquent l’excavation d’un site archéologique. Certaines d’entre elles, épargnées par le temps sont en émail, et ont pu conserver leur beauté scintillante. A travers ces sculptures, Laure souhaite donner écho à une autre actualité de notre temps et imagine une phase terminale au #metoo. Les glands, fruit gras que l’on donne à manger aux porcs de luxe pour obtenir un jambon de qualité, portent en eux une grande ironie et prédisent le déclin cynique d’un patriarcat tombé au sol.

Créant son propre monde onirique dans une poésie réconfortante, Laure propose de passer à l’examen de notre avenir et de mettre entre parenthèses celui des vestiges du passé. Selon elle, l’homme a appris à vivre, à survivre et doit aujourd’hui apprendre à s’effacer tout en se permettant d’admirer son passage sur terre. En acceptant sa propre disparition, Laure souhaite que l’homme perçoive le meilleur de ses acquis pour profiter de ses derniers instants.

 

Texte par Léa Perier Loko, 2020